Ballet de l'Opéra de Lyon / Biennale de Lyon 2014
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How slow the wind

Commande à Cecilia Bengolea et François Chaignaud du Ballet de l’Opéra de Lyon pour sept danseurs, dans le cadre du programme Les Labyrinthes du cœur

How Slow the Wind du compositeur japonais Toru Takemitsu ouvre un paysage fait de lumières, de vents, de vitesses, de suspensions… Inspirée d’un poème d’Emily Dickinson, elle est très imagée – évoquant le calme d’avant ou d’après la catastrophe (tsunami, guerre, explosion, tempête). Elle est pacifiée et pourtant menaçante. Par ailleurs, elle n’est l’application d’aucun système de composition. Takemitsu a beaucoup étudié et navigué, aussi bien dans le répertoire orchestral occidental, que dans les traditions musicales japonaises, ou les avant-gardes minimalistes et systématiques.

 

Pourtant, cette pièce est complètement hors des principes dialectiques de la composition orchestrale occidentale… et bien loin du radicalisme formaliste de ses contemporains. C’est une œuvre « glouton », qui fraternise avec ces différents registres compositionnels et chromatiques… Cela donne à la musique une élégance harmonieuse, et un entêtement, qui restent irréductibles à un système dogmatique et autoritaire. La récurrence du motif thématique, qui se répète et varie continuellement, architecture la perception, mais n’impose aucune borne.

Pour la danse, cela permet un lien poétique très fort, et en même temps une grande latitude, notamment rythmique. Ainsi, la chorégraphie partage l’insouciance de cette composition dépourvue de nœuds dramatiques, dont les répétitions mélodiques semblent pourtant présager d’une possible catastrophe écologique ou climatique.

 

La composition de Takemitsu confère à chaque instant unique, isolé, une force poétique singulière, sans l’inquiétude d’un développement linéaire. Nous nous sentons aussi amoureux de chaque mouvement dans sa singularité que Takemitsu semble l’être de chacun de ses sons. Nous prenons cette même liberté dans la chorégraphie depuis quelques années – l’appréciation de l’instant présent, comme s’il n’y avait pas de futur. C’est avec bonheur que nous avons retrouvé cette intention si explicite dans l’écriture fragmentée, libre de Takemitsu.

Les pointes nous intéressent depuis toujours et nous les avons déjà utilisées dans nos pièces ; la dernière pièce Dub Love est d’ailleurs entièrement sur pointes. Les pointes sont à la fois un accessoire spirituel, une manière littérale de s’élever, de s’approcher du ciel, et un outil chorégraphique, qui transforme la posture, la vitesse, l’équilibre.

Les défis et les formes qu’elles permettent d’imaginer dépassent largement le vocabulaire classique. Pour cette pièce, les garçons et les filles sont sur pointes, avec une partition qui met à l’épreuve leur endurance. Les pointes permettent d’éprouver le calme précaire, menaçant et menacé, cette paix fragile que suggère la musique. Les danseurs atteignent sur pointes une forme d’immobilité vacillante, pacifiée et menacée, beaucoup plus intense que sans chaussons de pointes. Le travail sur pointes décuple l’effort, mais aussi la quiétude ou l’abandon. La danse classique masque l’effort. Ici la persévérance des danseurs est palpable.

 

Ce défi, ce jeu révèlent chez les danseurs à la fois leur puissance et leur vulnérabilité.

De la même manière que la musique joue avec des évocations de mélodies ou d’harmonies empruntées, notamment à Claude Debussy, ici des bribes de danses libres de l’entre-deux-guerres de François Malkovsky apparaissent et disparaissent. Notre composition embrasse ces différents registres, qui se déploient et se rétractent dans un ballet abstrait et très imagé.

Propos recueillis par Isabelle Calabre


ÉQUIPE DE CRÉATION
Conception, chorégraphie et costumes : Cecilia Bengolea et François Chaignaud
Interprétation : Ballet de l’Opéra de Lyon
Musique : How slow the wind, de Toru Takemitsu interprété par l’Orchestre de l’Opéra de Lyon
Création lumière : Philippe Gladieux
Interprètes associées à la recherche : Erika Miyauchi et Siqi Dan

 

PRODUCTION
Ballet de l’Opéra de Lyon et Biennale de la danse de Lyon

 

REMERCIEMENTS
Maison de la Culture d’Amiens, Théâtre Nanterre-Amandiers, Centre national de la Danse